Réinventer le Nucléaire au Maroc* :)

Le Maroc réinvente son approche du nucléaire en se concentrant sur l’énergie civile pour renforcer sa souveraineté énergétique, en mettant l’accent sur la diversification de son mix énergétique grâce aux petits réacteurs modulaires (SMR) souples. Pour cela, le pays collabore avec la Russie pour le transfert de savoir-faire, forme ses experts et renforce son cadre réglementaire et institutionnel avec le soutien de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Cette stratégie s’inscrit dans un plan global visant à atteindre des objectifs énergétiques et environnementaux ambitieux, tels que la production d’eau dessalée et la réduction des émissions de CO2. 

Cadre réglementaire et institutions 

Technologies et projets

  • Petits réacteurs modulaires (SMR): Le Maroc s’intéresse particulièrement aux SMR en raison de leur flexibilité et de leur capacité à être intégrés avec des énergies renouvelables.
  • Secteurs d’application: Le nucléaire est envisagé comme une solution pour répondre aux besoins énergétiques croissants, mais aussi pour des applications industrielles et la production d’eau dessalée, notamment en partenariat avec la Russie.
  • Coopération internationale: Le Maroc a signé des accords de coopération avec la Russie, l’Arabie Saoudite et les États-Unis, notamment pour le transfert de savoir-faire, la formation du personnel et la sûreté. 

Objectifs et avantages

  • Diversification énergétique: Le nucléaire complète les investissements massifs du Maroc dans le solaire et l’éolien pour une alimentation énergétique plus stable.
  • Indépendance énergétique: Le développement de cette filière permet au Maroc de réduire sa dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles importés.
  • Désalinisation et gestion de l’eau: L’énergie nucléaire peut être un atout pour la production d’eau dessalée, une priorité stratégique pour le pays.
  • Sûreté et sécurité: Le Maroc collabore avec l’AIEA pour s’assurer que le développement nucléaire respecte les normes internationales les plus strictes en matière de sûreté. 

Défis et perspectives

  • Coût des technologies: Les SMR sont encore en phase expérimentale et leur coût de production doit encore être affiné.
  • Gestion des déchets nucléaires: La gestion des déchets est un enjeu majeur qui sera abordé dans le cadre du développement du programme.
  • Acceptation publique: L’acceptation publique du nucléaire est un élément crucial qui nécessite un dialogue ouvert et transparent. 

En résumé, le Maroc progresse de manière mesurée et stratégique dans son programme nucléaire civil. L’accent est mis sur l’intégration des SMR, le renforcement des cadres réglementaires et le développement des compétences locales, afin de construire un mix énergétique diversifié et durable. 

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Constat rapide (où en est le Maroc aujourd’hui)

  • Le Maroc n’a pas de centrale nucléaire commerciale et en est aux toutes premières phases d’exploration pour une filière civile — l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) classe encore le pays en phase initiale.
  • Le pays dispose d’un historique d’accords de coopération (ex. discussions/accords avec des acteurs comme Rosatom, Chine, France) et d’un réacteur de recherche/moyens nationaux en sciences nucléaires qui posent une base technique.
  • La stratégie énergétique nationale met l’accent sur un fort déploiement des renouvelables (objectif ~52 % du mix en 2030), ce qui influence la place qu’un nucléaire futur doit occuper (complémentarité / flexibilité).

Principes pour « réinventer » (approche marocaine, sûre et adaptée)

  1. Priorité à la sûreté et à l’indépendance réglementaire — construire une autorité nationale indépendante conforme aux standards IAEA puis obtenir la capacité d’évaluation autonome. (IAEA & projets européens déjà actifs sur la sûreté régionale).
  2. Choix technologique pragmatique — plutôt que viser immédiatement de grands réacteurs, prioriser :
    • SMR (Small Modular Reactors) pour modularité, coûts et raccordement plus simple au réseau ;
    • projets pilotes expérimentaux (réacteur de démonstration) en partenariat public-privé ;
    • créativité sur solutions hybrides (nucléaire + gros stockage + renouvelables). (nombreuses études indiquent l’intérêt des SMR pour pays en phase initiale).
  3. Approche par cas d’usage — produire d’abord pour usages non-réseaux : dessalement, chaleur industrielle, isotopes médicaux, ce qui réduit la pression sur la construction d’un grand parc électrique et crée une valeur socio-économique rapide.

Feuille de route pragmatique (phases résumées)

Phase 0 — Consolidation (0–3 ans)

  • Renforcer cadre réglementaire et autorité indépendante (conformité AIEA).
  • Cartographie technique et études d’impact (sites potentiels, hydrologie, sismicité, grids).
  • Programme intensif de formation (ingénieurs, sûreté, régulateurs) et partenariats universitaires.

Phase 1 — Projets pilotes & usages décarbonés (3–7 ans)

  • Lancer 1–2 projets pilotes : un SMR déployé pour dessalement/industrie ou une mini-unité de production d’isotopes.
  • Déployer cofinancements internationaux (banques de développement, AFD, partenaires publics européens/asiatiques).

Phase 2 — Échelle & intégration (7–15 ans)

  • Évaluer résultats pilotes ; si positif, planifier extension modulaire (plusieurs SMR ou un réacteur moyen) pour soutenir le réseau en complément des renouvelables.
  • Mettre en place filière locale (maintenance, fabrication de composants) pour créer emploi/compétences.

Gouvernance continue : gouvernance transparente, dialogue public, études coûts/bénéfices actualisées.


leviers pratiques (comment y arriver)

  1. Financement mixte : subventions pour phase R&D, prêts concessionnels (AFD, BEI, banques multilatérales), attractivité pour investisseurs privés via garanties de marché (contracts-for-difference), accords bilatéraux.
  2. Partenariats ciblés : accords industriels (France, Chine, Russie, entreprises SMR occidentales) mais avec clause forte de transfert de technologie et exigence de concurrence.
  3. Compétences & filière : programmes universitaires, bourses, centres de formation-sûreté, et création d’un centre national d’essais.
  4. Acceptabilité sociale : campagne d’information transparente, sessions publiques sur sûreté, bénéfices locaux (emplois, eau, santé).
  5. Intégration renouvelables-nucléaire : concevoir marchés électriques et tarifs qui valorisent la flexibilité et l’intermittence, et évaluer couplage eau-énergie.

Risques & pièges à éviter

  • Sauter trop vite vers de gros réacteurs sans cadre et capacité locale (coûts, dépendance).
  • Financement opaque ou accords sans transfert de compétences.
  • Négliger sûreté et gestion des déchets — prévoir dès le départ plan national déchets/stockage à long terme.
  • Sous-estimer opposition sociale — transparence indispensable.

Actions concrètes immédiates (ce que le gouvernement / secteur privé peut lancer cette année)

  1. Demander à l’AIEA une évaluation complète « Integrated Nuclear Infrastructure Review » (INIR) / accélérer CPF 2024–2029 et traduire recommandations en plan opérationnel.
  2. Lancer un appel à manifestation d’intérêt pour un projet pilote SMR + dessalement (modèle PPP).
  3. Créer un fonds national pour la formation nucléaire (bourses + partenariats industriels).
  4. Mettre en place un groupe de travail multi-ministériel (énergie, environnement, sécurité, finances, universités).

Sources principales (sélection — pour approfondir)

  • AIEA — Country Programme Framework / rôle & phases.
  • Analyses récentes sur l’état des plans nucléaires au Maroc et possibilités SMR / portefeuille africain.
  • Données/stratégie nationale et objectifs renouvelables du Maroc (vision 2030).
  • Initiatives européennes régionales de sûreté nucléaire incluant le Maroc (projets 2024-2028).
  • Publications locales / CNESTEN sur capacités de recherche et historique national.

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